Langage des antipodes

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  langage des antipodes
langage des antipodes
 
Année de création 1532
Auteur François Rabelais
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Idéomonde associé non
Catégorie Langue artistique
Typologie
Alphabet Latin
Lexique
Version
Codes de langue
ISO 639-1
ISO 639-2
ISO 639-3
Préfixe Idéopédia IDEO_ATP


Le langage des antipodes et une idéolangue apparaissant dans Pantagruel publié en 1532.

Sommaire

Historique

Émile Pons a tenté de déchiffrer le langage des antipodes en 1931. Voici son analyse :

"Tout autre est le langage des Antipodes, avec ses sonorités hébraïques (terminaisons en -im et -in), son allure orientale et son aspect étranger.

[Texte en Antipodes]

Ce sont les mots kuthim, alkatim et almucathin qui nous ont frappé d'abord par leur caractère sémitique, leur sonorité arabe. Le mot alkatim se retrouve du reste dans 3 autres passages de Rabelais particulièrement dans l'Anatomie de Quaresme prenant (Ch. 31 du Quart Livre) : « les fesses comme une herse, les reins comme un pot beurrier, Y alkatim comme un billart ». C'est donc un terme d'anatomie, emprunté à la langue médicale latino-arabe, fondée principalement sur la terminologie d'Avicenne.

Et, en effet, nous avons trouvé dans une étude récente (Fonhan, Arabie and latin anatomical terminology — Videnskapsaelskapets Skrifter [Kristiania] 1921) des précisions sur les 3 mots ci-dessus à la fois, dont les 2 premiers kuthim et alkatim sont empruntés à la langue d'Avicenne. Kuthim (ou Kathim) signifie « rein » et alkatim qui n'est que le même mot précédé de l'art, signifie aussi « rein», « région lombaire. » — II y a donc une note arabe dans le passage, introduite volontairement et avec persistance par Rabelais.

Cette intention d'arabiser dans le langage des Antipodes nous a paru être l'objet d'une déclaration formelle dans la fin de la 1ère phrase : ringuam albaras où nous avons reconnu à peine déguisé par le procédé métathétique habituel de Rabelais, les mots : linguam ara(l)ba, (in) lingua arabum Nous tenons là la clef de l'antipodien : Panurge veut interpeller cette fois Pantagruel dans un langage pseudo-arabe qu'il va fabriquer de toutes pièces, mais non sans soin, par l'utilisation à la fois capricieuse et méthodique d'une documentation — sans doute d'emprunt — portant a la fois et tour à tour sur l'arabe, l'hébreu, le talmudique et même le syriaque. Voici l'interprétation définitive que nous avons adoptée avec l'aide de spécialistes compétents par une série combinée de choix et d'éliminations :

Al, soit article de l'arabe littéral employé superfétatoirement comme dans les mots de forme espagnole alguazil, algarade, alcade, etc. — soit lecture incorrecte, sur un texte non vocalisé, de l'hébreu El = Dieu, Seigneur.

barildin = bar : fils (hébreu) et, soit Eldim, transcription courante chez les Juifs du mot sacré Heloïm qu'ils n'osent écrire, soit l'arabe Din = foi, religion, précédé de l'article el sans assimilation consonantique devant D (au lieu de bareddin ), le tout signifiant, soit « fils de Dieu », soit plus vraisemblablement « fils de la Foi, fils du prophète ». Par cette formule de salutation, parallèle à celles de tous les autres discours, Panurge crée immédiatement l'atmosphère, la couleur locale correspondant à l'idiome employé.

Got = all. Got(t), Rabelais restant fidèle à sa formule de l'amalgame humoristique des langues. fanodech semble bien être ici encore une lecture déformée de l'hébreu barechech(a) prononcé « farechech » par les Juifs allemands (et d'autres encore) (je barechech(a) = (Dieu) te bénisse.

min = depuis, (hébreu et arabe). brin = vraisemblablement pour bnin, plur. de bar fils, et en opposition avec abo (ar.)= pères, (pl. bou ar. de hébreu de a'b). «depuis les fils jusqu'aux pères ».

dordin (pluriel de hébreu dor = génération, plus reconnaissable et plus frappant que doroth=(et aux générations).

Falbroth, identifié déjà par M. Sainéan, n'est que le nom du 3e ancêtre-géant de Pantagruel « Faribroth » de même, qu'un peu plus loin nim broth n'est que le nom du 5e ancêtre Nembroth.

La 1 ère phrase se traduit donc ainsi : "Seigneur fils de la Foi, que Dieu te bénisse en remontant des fils jusqu'aux pères et à la génération de Faribroth, dans la langue des Arabes."

2e phrase: milko (anglais) = lait n'est que le pendant, ou la traduction amusante, de l(h)eben, à la ligne suivante, hébreu et arabe = lait, Panurge va définir le breuvage ou la nourriture qu'il désire. Et1 en effet almucathim (arabe al. maqadijun) signifie breuvage au miel (Freytag. Lexicum arabicolatinum : « potus ex melle factus ») et les autres mots de la phrase vont définir ou déterminer milko et leben.

prin = «brin» pl. de bar = jeune chamelle (tandis que bnin. banin, pl. de bar = fils). hébreu = jeune chamelle. al elmin, pour alumin (héb.) = dans la force de l'âge, « du lait de chamelles dans la force de l'âge ».

En regard, et parallèlement, à la ligne suivante : ensouim détermine dalheben : ensouim n'est que la transcription pure et simple de enneswân (arabe) (el neswân pl. de mera = femme).

«du lait de chamelles ou bien du lait de femmes». zadikin, au début de la phrase est formé de arabe zad = nourriture, provisions de route et kim (ou koum) votre.

Quant aux 2 mots ninporth ils constituent un élément purement fantaisiste et « jargonnesque », le 1er (qu'on retrouve deux phrases plus loin avec le même rôle et le même sens) n'est que le latin nisi : si tu ne et porth n'est autre que le franç. «portes» : « Si tune me portes».

enthoth qu'on retrouvera plus loin sous la forme voisine endoth semble bien être le grec ένθάυτα= «ici même» ou, si l'on veut « sur l'heure, immédiatement». La proposition principale annoncée par cette proposition conditionnelle commence par kuthim (kathim) = reins, suivi lui-même de deux termes anatomiques ou physiologiques : al dum (arabe al dam, arabe vulgaire al dem) = sang, et alkatim région lombaire, que nous pourrons traduire par «ventre»: Parles reins, parle sang, et par le ventre de Nimbroth (ton ancêtre)... dechoth porth min michais im endoth forme une suite jargonnesque caractérisée et transparente : (tout) de suite, porte-moi des miches ici même.

pruch est le même mot que prug lanternois : j'ai besoin de, il me faut.

marsupium qui nous paraît être la leçon authentique (plutôt que les bizarres et discordantes variantes : maisouin, marsouin, maisoulum, des éditions) est le terme anatomique latin, cher du reste à Rabelais sous toutes ses formes (cf. les «marsupies» de l'écolier limousin) et signifie vraisemblablement ici : panse : « II me faut dans la panse ».

Ce qu'il lui faut, ce sont holmoth dansrikim lupaldas im voldemoth. holmoth = hébreu talmudique koldemouth = toutes sortes de ; dansrikim, expression prise encore chez un Juif connaissant le Talmud, est le pluriel dasriqim = des gâteaux, des pâtisseries, lupaldas, dans la même langue talmudique lopada (emprunté au grec λοπάς, άδος vase de cuisine en terre) signifie « mets cuits en marmite » et im voldemoth reprend sur une forme presque identique, l'idée déjà exprimée par holmoth = avec toutes sortes (de choses). « II me faut dans la panse toutes sortes de pâtisseries et de ragoûts et tout ce qui se peut cuire en marmite ».

A l'exception du terme mnarbotim et du mot butathen qui sont des variations sur des thèmes hébraïques ou arabes, tous les autres mots de la dernière phrase sont à nouveau jargonnesques, fantaisistes et fort transparents pour un Français ou un Limousin.

mnarbotim : min + arbaa + tim, (hébr. ar. vulg.) depuis, quatre et bouche, (des quatre coins de la bouche) combinaison qui semble employée ici comme verbe : « si par le diable je ne (m'empiffre) jusqu'aux quatre coins de la bouche (Nin, hur, et diavolth s'expliquent en effet d'eux mêmes).

gousch rappelle le vieux français gousser — manger (Godefrov) et peut être rendu ici par «mangeaille, ripaille».

palfrapin aux trois syllabes aussi énergiques que reconnaissables exprime la forfanterie obscène d'un «pourfendeur». duch est l'acc., all. dich, im Scoth — à l'écossaise rappelle la renommée de bravaches qu'avaient à l'époque et depuis longtemps les Écossais.

galeth n'est pas un nom propre comme on l'a cru, mais désigne tout simplement de la «galette de Chinon » et le reste de la phrase se devine de lui-même si l'on explique butathen, comme une contamination fantaisiste du pluriel et du duel de l'arabe binth = fille, pluriel binath, duel binthen (ou si l'oninterprète comme étant le duel baidāthen .de l'arabe baidāth = testiculus, testiculi ambo), doth dal prim, jargonnesque à nouveau peut se rendre par «jusqu'à prime, jusqu'au matin »

Alphabet & prononciation

Morphologie

Grammaire

Syntaxe

Lexicologie

Chiffres et nombres

Échantillon

« Al barildin gotfano dech min brin alabo dordin falbroth RINGUAM ALBARAS. Nin porth zadikin almucathin milko prin al elmin enthoth dal heben ensouim, kuthim al dum alkatim nimbroth, delchoth porth min michais im endoth, pruch dal MARSUPIUM hol moth dansrikim lupaldas im voldemoth. Nin hur diavolth mnarbotin dal gousch pal frapin duch in scoth pruch Galeth dal Chinon min foulthrich al conin butathendoth dal prim ».

Traduction proposé par Émile Pons.

« Seigneur fils de la Foi, sois béni de Dieu depuis tes fils jusqu'à tes pères et à la génération de Falbroth en la langue des Arabes. Si tu ne me portes sur l'heure de tes provisions de breuvage au miel avec du lait de chamelles en la fleur de leur âge ou du lait de femmes, par les reins et le sang et le ventre de Nimbroth, porte-moi tout de suite des miches ici même, il me faut dans la panse toutes sortes de pâtisseries et de ragoûts et tout ce qui se peut cuire en marmite. Si par le diable je ne puis m'empiffrer jusqu'aux quatre coins delà gueule, je te pourfendrai de ma mentule à l'Écossaise ; il me faut de la galette de Chinon « ut futuam in cunnis puellarum usque ad primam » »

Autre version.

"Seigneur fils de la Foi, sois béni de Dieu, depuis tes fils jusqu'à tes pères, et à la génération de Falbroth, dans la langue des Arabes. Si tu ne me portes (une part de) tes provisions de breuvage au miel, avec du lait de chamelle en la fleur de leur âge ou du lait de femmes, par les reins et le sang et les flancs de Nimbroth, apporte-moi (du moins) des miches tout de suite et ici même; j'ai besoin urgent (de sentir) dans ma panse toutes sortes de pâtisseries et de ragoûts et tout ce qui (se peut cuire en marmite). Si, par le Diable, je ne puis m'empiffrer de mangeaille mentulienne (claymore) à la façon des Ecossais; je veux (aussi) de la galette de Chinon (pour m'évertuer emmi les filles) jusqu'au matin."

Sources

Notes